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Munitions et engins de guerre : ce qu'on ne déterre jamais

En bref

On ne déterre pas, on ne déplace pas, on ne transporte pas. Un obus ou une grenade de la Première Guerre mondiale peut rester actif plus d'un siècle après, et certains contiennent des agents chimiques. La conduite à tenir : arrêter de creuser, marquer l'endroit sans y toucher, s'éloigner, et prévenir la mairie ou la gendarmerie, qui saisiront le service de déminage.

C'est le seul sujet de la prospection où l'erreur ne se rattrape pas. Le sol français contient encore des millions d'engins des deux guerres, et le service de déminage en neutralise chaque année plusieurs centaines de tonnes.

Bobine de détection au sol

Pourquoi un siècle ne suffit pas

L'idée qu'un engin ancien soit forcément inerte est fausse, et elle coûte des vies chaque année en Europe.

Les EXPLOSIFS utilisés dans les obus de la Première Guerre mondiale sont pour beaucoup stables sur de très longues durées. Enfouis à l'abri de l'air, ils se conservent bien mieux qu'à l'air libre.

Les SYSTÈMES DE MISE À FEU, en revanche, se dégradent — et c'est précisément ce qui les rend imprévisibles. Un obus qui n'a pas explosé à l'impact contient un dispositif armé mais bloqué, dont la corrosion a modifié les équilibres. Un choc, une vibration, parfois un simple déplacement suffisent.

Certains engins contiennent des AGENTS CHIMIQUES. Ils sont plus fréquents qu'on ne le croit dans les zones de front, et une fuite lente peut contaminer le sol autour sans rien montrer.

Enfin, les MUNITIONS D'INFANTERIE — cartouches, grenades — restent dangereuses elles aussi, avec un rayon plus limité mais une probabilité de rencontre bien supérieure.

Reconnaître ce qu'il ne faut pas toucher

En cas de doute, le doute tranche : on ne touche pas.

LA FORME CYLINDRIQUE ALLONGÉE avec une extrémité conique ou arrondie : obus. Le diamètre varie de quelques centimètres à plus de vingt.

LA FORME OVOÏDE OU SPHÉRIQUE, souvent quadrillée en surface : grenade.

TOUT OBJET MÉTALLIQUE MASSIF ET RÉGULIER dont la fonction n'est pas évidente, dans une région concernée par les combats.

LES ACCUMULATIONS : là où l'on trouve une douille, il y en a souvent d'autres, et parfois des engins non tirés.

Le signal du détecteur est un indice utile : une réponse très forte, large et saturée, à faible profondeur annoncée, correspond à une grande masse métallique. Avant de creuser un tel signal dans une région de front, réfléchissez à ce que cela peut être.

  • Forme cylindrique allongée à extrémité conique : obus.
  • Forme ovoïde ou quadrillée : grenade.
  • Masse métallique régulière et inexpliquée : ne pas dégager.
  • Signal très large et saturé : réfléchir avant de creuser.

La conduite à tenir

Cinq gestes, dans cet ordre, et aucun n'est facultatif.

ARRÊTER DE CREUSER immédiatement, dès l'identification ou le doute. Ne pas dégager davantage pour mieux voir : c'est précisément le geste qui provoque les accidents.

NE RIEN DÉPLACER, ne pas soulever, ne pas gratter, ne pas frapper. Ne pas non plus recouvrir de terre en tassant.

MARQUER L'ENDROIT à distance : un bâton planté à un mètre, un ruban à une branche. Relever la position exacte, au GPS du téléphone si possible.

S'ÉLOIGNER et faire éloigner toute personne présente.

PRÉVENIR : la mairie, ou la gendarmerie, ou le 17. Ce sont eux qui saisissent le service de déminage de la Sécurité civile. Restez joignable et disponible pour indiquer l'emplacement.

Ce qu'il ne faut jamais faire : emporter l'objet chez soi « pour le montrer », le mettre dans un coffre de voiture, ou le poster sur un forum avant d'avoir prévenu. Le transport d'un engin de guerre est un délit, en plus d'être dangereux.

Les régions concernées

Toute la France peut livrer des munitions, mais certaines zones concentrent le risque.

LE FRONT DE 1914-1918, du Nord à l'Alsace en passant par la Somme, l'Aisne, la Marne, la Meuse et les Vosges. Certains secteurs autour de Verdun sont classés en ZONE ROUGE : terrains interdits d'accès et de mise en culture depuis un siècle, en raison de la densité d'engins et de la pollution des sols. On n'y prospecte pas, sous aucune condition.

LES ZONES DE COMBAT DE 1939-1945 : Normandie, poches de l'Atlantique, vallée du Rhône, Alsace, abords des sites bombardés et des voies ferrées stratégiques.

LES ANCIENS CHAMPS DE TIR ET TERRAINS MILITAIRES, y compris désaffectés depuis longtemps.

LES ABORDS DES SITES INDUSTRIELS bombardés, souvent en périphérie urbaine aujourd'hui.

Dans ces régions, la prospection demande une prudence particulière — et un renoncement systématique devant tout objet massif non identifié.

Le cas des douilles et éclats

Toutes les trouvailles militaires ne sont pas dangereuses, et il est utile de faire la part des choses.

UNE DOUILLE VIDE, sans projectile ni amorce active, est un objet inerte. C'est la trouvaille militaire la plus fréquente, et beaucoup de prospecteurs en collectionnent.

UN ÉCLAT D'OBUS, morceau de métal déchiqueté, est inerte par définition — il provient d'un engin qui a explosé.

UNE CARTOUCHE COMPLÈTE, avec son projectile et son amorce, n'est pas inerte. Elle peut partir sous l'effet d'un choc ou de la chaleur. La prudence commande de la laisser.

LES BOUTONS, INSIGNES, PLAQUES et effets personnels sont sans danger. Ils méritent en revanche une attention particulière d'un autre ordre : une plaque d'identité peut permettre de retrouver une famille, et il existe des associations qui s'en chargent. C'est l'une des trouvailles les plus fortes qu'un prospecteur puisse faire.

Un rappel enfin : la présence de restes humains dans les anciennes zones de combat n'est pas rare. Toute découverte de ce type impose d'arrêter immédiatement et de prévenir la gendarmerie.

Questions fréquentes

Faut-il signaler une munition trouvée sur un terrain privé ?
Oui, exactement comme ailleurs. Le statut du terrain ne change rien au danger ni à l'obligation : prévenez la mairie ou la gendarmerie, qui saisiront le service de déminage. Prévenez également le propriétaire — il a le droit de savoir ce qui se trouve chez lui, et l'intervention aura lieu sur son terrain.
Que faire si je trouve un obus avec mon détecteur ?
Arrêtez de creuser, ne déplacez rien, ne dégagez pas davantage. Marquez l'endroit à distance avec un bâton ou un ruban, relevez la position, éloignez-vous et prévenez la mairie, la gendarmerie ou le 17. Ce sont eux qui saisissent le service de déminage. Ne l'emportez sous aucun prétexte : le transport d'un engin de guerre est un délit.
Un obus de 1916 est-il encore dangereux ?
Oui. Les explosifs de l'époque sont pour beaucoup stables sur de très longues durées, et c'est le système de mise à feu, dégradé par la corrosion, qui devient imprévisible : un choc ou un simple déplacement peuvent suffire. Certains engins contiennent en outre des agents chimiques. Le service de déminage en neutralise chaque année plusieurs centaines de tonnes en France.
Qu'est-ce qu'une zone rouge ?
Des secteurs, principalement autour de Verdun, jugés à ce point pollués par les munitions et les substances de guerre qu'ils ont été soustraits à toute activité après 1918 : interdits d'accès et de mise en culture. On n'y prospecte pas, sous aucune condition et quelle que soit l'autorisation obtenue par ailleurs.
Peut-on garder une douille trouvée ?
Une douille vide, sans projectile ni amorce active, est un objet inerte que beaucoup de prospecteurs conservent. Une cartouche complète, avec projectile et amorce, ne l'est pas : elle peut partir sous l'effet d'un choc ou de la chaleur. Dans le doute, laissez-la et signalez.
Que faire si je trouve une plaque d'identité militaire ?
Elle est sans danger, et c'est l'une des trouvailles les plus importantes qu'un prospecteur puisse faire. Signalez-la : des associations de recherche se consacrent à retrouver les familles de soldats disparus, et une plaque lisible permet parfois d'identifier un homme porté disparu depuis un siècle. Ne la nettoyez pas.

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